« J’ai essayé de ne garder que le souvenir de mes lectures et d’oublier les choses épouvantables. »

Le mois de novembre débute par une lecture très forte, avec En ce lieu enchanté de René Denfeld aux éditions 10/18.

Ce lieu enchanté, c’est une prison, et le narrateur nous raconte le quotidien, les travers, les drames, mais aussi l’espoir et la poésie de ce lieu. Lui, est un condamné à mort qui attend dans les entrailles de la prison, le jour de son exécution. Il ne parle plus depuis longtemps, mais il est passionné de lecture, et il observe le ballet des gardiens et des prisonniers. Parmi les figures marquantes : le Directeur, qui oscille entre la compassion et la résignation, le Prêtre, déchu qui se consacre aux prisonniers et surtout la Dame, l’autre personnage principal, enquêtrice, qui va tenter de sauver un autre condamné à mort. Un personnage très autobiographique car l’auteure est journaliste, spécialisée dans les couloirs de la mort.

Le sujet vous paraît bien sombre ? Et pourtant ce livre est teinté de poésie, parfois même un peu trop, surtout dans les premières pages, qui déconcertent quelque peu. Mais on s’éprend très vite des différents personnages. J’ai toujours été fascinée par l’univers carcéral, et malgré l’enchantement du lieu, il est quand même souillé par des brutes et des prisonniers qui font la Loi, aidés par des matons corrompus. Violence, viols et meurtres sont quotidiens dans cette prison, et il ne faut pas oublier les actes des condamnés à mort. Mais ce roman ne donne pas dans le voyeurisme. Ici l’ambiance est nauséabonde mais l’auteure ne donne pas de détails sordides sur ce qui se passe, et ce qui s’est passé.

Elle donne la parole aux oubliés, avec ce narrateur troublé. Mais surtout avec la Dame, qui se plonge dans le passé, souvent dramatique, des prisonniers. Avant d’atterrir là, ils ont  souffert, et personne n’était là pour aider ces laissés-pour-compte, ces populations qui vivent en marge ou encore ces déficients mentaux. Sans trouver d’excuses à leurs actes ignobles, la Dame montre que tout n’est pas noir ou blanc. Chacun a sa part de lumière et d’ombre.

J’ai vraiment adoré découvrir ces personnages atypiques, et me plonger dans cette enquête, au compte à rebours haletant. Je salue également l’écriture et le style de l’auteure (dont c’est le premier roman). Elle fait notamment référence au fait que les détenus vivent et meurent sous un matricule, mais dans le roman ils portent tous un nom. Le prisonnier qui fait sa loi, et le capitaine des matons corrompu également. Par contre, les personnages plus ambivalents, qui aident et/ou qui ont toujours la lumière en eux sont désignés par des surnoms : la Dame, le Prêtre, le Directeur, le Garçon aux cheveux blancs. Le livre fourmille de ce genre de détails.

Une plongée passionnante et originale au cœur des prisons, un livre qui prend aux tripes et dont on ressort avec une impression douce-amère. Une auteure à suivre ! 

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A lire en écoutant Folsom Prison blues de Johnny Cash

Dans le couloir de la mort, côté femmes avec Le Ciel tout autour de Amanda Eyre Ward

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